Article de Sylvestre Huet (Blog de Libération, 2 juillet 2010) : « C’est la crise à l’IRD… Le 18 juin, le Conseil scientifique a voté à l’unanimité… une déclaration courte mais pour le moins sévère contre les documents de la direction sur l’avenir de l’organisme. »

Crise à l’Institut de Recherche pour le développement (IRD) 2 juillet 2010

Sylvestre Huet

C’est la crise à l’IRD (Institut de recherche pour le développement). Le 18 juin, le Conseil scientifique de cet Institut a voté à l’unanimité – donc membres nommés comme élus par le personnel – une déclaration courte mais pour le moins sévère contre les documents de la direction sur l’avenir de l’organisme. La direction, c’est aujourd’hui Michel Laurent, puisque l’IRD est passé au régime monocéphale avec PDG actuellement en faveur du ministère.

Voici cette déclaration : « A l’unanimité, le Conseil scientifique de l’IRD exprime son désaccord fondamental sur les orientations proposées par la direction de l’Institut. Le Conseil scientifique considère que la philosophie du document « l’IRD Demain » n’exprime aucune ambition scientifique, dessert l’IRD et hypothèque l’avenir de l’opérateur de recherche. Le Conseil scientifique donne un avis défavorable sur les documents relatifs au plan stratégique et à la réorganisation de l’Institut qui lui ont été transmis. Marseille le 18 juin 2010 ».

Cette déclaration a mis le feu aux poudres. En quelques jours, le personnel à commencé à se mobiliser. Le 28 juin, une lettre aux personnels déjà signée de 308 chercheurs ingénieurs et techniciens de l’IRD était envoyée aux membres du Conseil d’Administration, afin de leur demander de ne pas voter en catimini et en urgence au mois de juillet les textes de la direction, alors que le Conseil scientifique ne les aura pas étudié en détail.

Voici cette lettre :

« Une profonde réorganisation de l’Institut de Recherche pour le Développement sera soumise au Conseil d’Administration de l’IRD ,ce mardi 29 juin 2010 puis à un conseil exceptionnel entre le 19 et 23 juillet.

En tant que personnels IRD nous ne sommes pas précisément informés sur les principes et tenants de cette réorganisation. Cependant il nous apparaît important de vous demander de ne pas approuver tout projet qui signifierait la séparation des fonctions de recherche et de gestion des moyens à l’IRD ou la perte de la fonction d’opérateur de recherche de l’IRD. Nous soutenons le Conseil scientifique de l’IRD dans sa déclaration du 18 juin 2010 quant à son désaccord fondamental sur les orientations proposées par la Direction de l’Institut, si celles‐ci signifient la disparition du pilotage des moyens de l’IRD par sa fonction d’opérateur de recherche et par une politique scientifique forte.

Nous sommes convaincus qu’un opérateur de recherche dédié à des recherches en partenariat sur les Suds, pour le Sud, avec et dans des pays du Sud, orientées par des problématiques scientifiques pour et sur le développement, est un atout fort d’articulation et d’ouverture pour les communautés scientifiques française, des Pays du Sud comme du Nord. Il s’agit aussi d’une garantie dans la mise en oeuvre des moyens pour aboutir à une recherche finalisée, comme à une formation par la recherche, adaptées et de qualité, qu’elles impliquent le seul IRD ou un ensemble plus large d’acteurs de la recherche français, du Sud et du Nord. »

D’après un membre éminent du Conseil scientifique que j’ai joint au téléphone, si l’IRD est dans une période de réorganisation, « aucun des agents n’a à l’esprit l’idée que l’IRD ne doit pas évoluer dans un paysage scientifique qui change. Mais dans ce que le Conseil scientifique a été conduit à examiner, on ne trouve plus trace d’un opérateur de recherche, une structure ayant une programmation, une expertise scientifique propre, le moyens de piloter et financer ses projets de recherche et ses équipes. » Cet aspect disparait au profit prsque exclusif de l’AIRD, l’Agence de moyens, c’est à dire le rôle de financement de projets confié à l’IRD par le gouvernement. Le problème est que le budget de cette dernière est censé croître sans que l’enveloppe totale ne le fasse.

Le Conseil scientifique l’a d’autant plus mauvaise qu’il avait travaillé sur un document d’orientation, remis à la direction, dont elle n’a manifestement pas tenu compte. Il faut une réflexion sur « l’articulation entre Agence de moyens et opérateur. Et cette réflexion doit être large. Il faut mettre sur pied un groupe de travail capable d’inventer un nouvel IRD, différent d’aujourd’hui », insiste mon interlocuteur.